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Pandemonium - Extrait n°1 intitulé « La Guerre du Un pour Cent »

Texte écrit par André Consigny, issu du « Pandemonium : La guerre de 1939-1940 telle que nous l’avons connue au 3ème R.D.P. »

Publié par Thiébaut Jourdain

Le vendredi 1er mai 2015

Mis à jour le 5 juillet 2015

Qu’est-ce que le « Pandemonium » ? Un témoignage inédit de ce qu’on a pu appeler la « drôle de guerre »... dont la majeure partie a été écrite par André Consigny, de Brienne-le-Château, à partir des notes qu’il prenait sur le front sur un agenda de poche... et qui montre une toute autre réalité que la version officielle ! A quoi s’ajoutent des notes écrites d’après mémoire par Amand Courcelles, paysan icaunais de Venoy... et par Jean Gonod, tous deux membres du même régiment, sur les mêmes zones de combat. Au total, une centaine de pages qui seront publiées en plusieurs morceaux sur valleeducousin.fr, à la demande du fils de l’un de leurs compagnons d’infortune, habitant à Island... et qui sera cité plus tard dans le texte. En guise d’introduction, nous commençons par l’un des derniers textes du « Pandemonium », parce qu’il résume bien l’ensemble... et qu’il en appelle à notre devoir de mémoire.

La guerre du Un pour Cent

Nous aurions pu intituler notre guerre : La guerre du Un pour Cent car dans notre secteur nous étions souvent à moins de 1 contre 100 : 1 F.M. [1], contre 100 mitraillettes bien plus rapides, 1 char, contre 100 ; 1 avion, contre 100. Et ce doit être encore en dessous de la réalité. Et avec ça, notre Leit Motiv : « interdiction de tirer ».

Défense expresse, de dévoiler l’arme automatique. Et tenir sur place sans esprit de recul... Résultat : On leur en tirait un ; ils nous en tiraient cent. C’est ainsi que j’ai perdu tout mon groupe F.M., le 26 Mai 1940, à Pont-Rémy.

Perdu 80 % du 3ème Peloton, le 6 Juin, à Érondelle. Le 5ème Escadron n’existe plus. Et perdu mes deux derniers conducteurs le 11 Juin, à Veules-les-Roses. Je suis donc resté le seul des 17 voitures.

Pour entendre dire maintenant que le soldat Français de 1940 s’est rendu. Ne pas confondre avec « était vendu ».

Et je pense toujours à vous mes braves Amis. Vous, ces sacrifiés qui avez donné votre vie pour défendre ce que vous n’aviez pas.

Pauvres héros romanesques, tombés pour une idée, un drapeau, des chefs à honorer. Hélas ! ils vous ont bien oubliés. Même l’histoire ne vous connaît pas, vous, les disparus de 1940 . Volatilisés dans la puissance du feu ennemi.

Votre suprême sacrifice n’a donc servi à rien ? Si, à moi. Et je l’écris pour qu’il survive. Dormez en paix. Je pense à vous. Et tôt ou tard, quelqu’un reprendra, et continuera le sens de mes idées, pour vous honorer, comme il se doit, dans l’histoire fragile des hommes.

André CONSIGNY


A mes petits enfants...

Plusieurs de mes petits enfants, qui me prennent toujours pour un héros, me demandent de mettre un résumé de mes campagnes en 1940... quelques lignes en fin de livre. Pas facile ! Enfin voilà.

Le 10 mai 1940 à 8 heures du matin : entrée en Belgique à la tête du 5éme escadron de 17 autochenilles en tant qu’éclaireur de pointe motorisé des premières classes... Toutes ces campagnes relatées dans mon Pandémonium qui ne se résument pas... Puis le dernier jour de guerre à Veules-les-Roses, le 12 juin 1940, qui me trouve vieux briscard, tireur au FM, pas fier du tout, propre à rien. Mais paraît-il dans les derniers 50 FM de la 2ème division motorisée, c’est-à dire de « vrais combattants ». Je viens de passer du 1er escadron au dernier de la division ! Pour moi, quelle déchéance !

Voyez mes chers petits, je n’ai rien d’un héros mais tout d’un miraculé. C’est certain. Deo Gracias.

Morvilliers, le 17 août 1996,

André Consigny

P.S. Avant de refermer ce livre, laissez moi vous donner la définition de Pandémonium, tirée du Petit Larousse : Pandémonium : (mot créé par Milton, poète anglais, en 1714 ; du grec pan « tout » et daîmôn « démon »). Capitale des Enfers, lieu des esprits du mal. Et par extension, lieu où règnent le désordre et la corruption ; lieu bruyant ; réunion d’êtres malfaisants.

La nécropole nationale de Condé-Folie : 1939-1945
Document n°1503
La nécropole nationale de Condé-Folie : 1939-1945
La nécropole nationale de Condé-Folie est un cimetière militaire français de la Seconde Guerre mondiale situé sur le territoire de la commune de Condé-Folie dans le département de la Somme.

Remarques d’Amand COURCELLE à propos du Pandemonium

Ces mémoires de guerre sont écrites par deux camarades du même 3e régiment de dragons portés qui se sont connus 40 ans après la démobilisation : André CONSIGNY de Brienne-le-Château et Amand COURCELLE de Venoy.

Ce n’est qu’au cours des premières réunions de notre amicale que nous avons retrouvé quelques anciens « rescapés », dont André Consigny, avec qui nous avons tout de suite sympatisé et sommes devenus des amis. De Ià, nous avons décidé d’écrire ces quelques mémoires, chacun de notre côté et 40 ans après.

Les enfants et petits enfants d’André, (en études au moment des mémoires) nous ont beaucoup aidés pour regrouper nos deux textes et rajouter les conclusions.

Amand COURCELLE


Quelques éléments utiles pour la lecture de ce texte :

  • Le 3ème R.D.P. signifie : « Troisième régiment de dragons porté »
  • André Consigny, de la classe 32.1, arrive à Lunéville le 26 août 1939 et sera affecté comme conducteur d’une auto chenille TT (tout-terrain) Citroën C6 N° 76 134, voiture de commandement N°l du peloton, dans le 1er escadron du 3ème RDP. Il sera démobilisé à Tarbes le 17 juillet 1940.

[1Fusilier mitrailleur