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Le 20 février 2018 au matin, Jean Bojko a rejoint le cercle des poètes disparus

Publié par Chocomousse, Jean-Pierre Chevaux, Thiébaut Jourdain

Le mercredi 21 février 2018

Mis à jour le 3 mars 2018

Jean Bojko nous a quitté le mardi 20 février 2018. Voici de sa part quelques mots empruntés à Jacques Derrida : « Souriez-moi, comme je vous aurai souri jusqu’à la fin. Préférez toujours la vie et affirmez sans cesse la survie… Je vous aime et vous souris d’où que je sois ». La cérémonie aura lieu le samedi 3 mars 2018 à 11h30 l’église de Pazy (58).

Jean Bojko nous a quitté mardi 20 février 2018
Voici de sa part quelques mots empruntés à Jacques Derrida : « Souriez-moi, comme je vous aurai souri jusqu’à la fin. Préférez toujours la vie et affirmez sans cesse la survie… Je vous aime et vous souris d’où que je sois »

Qui était Jean Bojko ?

Jean Bojko ou encore Ivan Charabara est un artiste, metteur en scène, poète et réalisateur né à Meaux le 25 mai 1949 de parents réfugiés ukrainiens. Il opte pour la nationalité française en 1968. Après de nombreux voyages, en particulier dans le Pacifique sud (Australie, Nouvelle Calédonie, Vanuatu, Polynésie…), il s’installe en 1977 dans la Nièvre où il monte ses expériences théâtrales. Il exerce la fonction très particulière de poète au cabinet du président du conseil général de la Nièvre.

Son labo : le TéATr’éPROUVèTe

Jean Bojko et le TéATr’éPROUVèTe, installés à l’Abbaye du Jouïr en Pays Nivernais-Morvan sont à l’origine d’une série d’actions qui se définissent comme autant de mises en scène dans l’espace social, où est développé le concept d’un « théâtre sans H », c’est-à-dire d’un théâtre qui redescendrait de sa hauteur pour investir le quotidien et « faire décoller des points d’interrogation » en bousculant les fondamentaux que sont l’espace, le jeu et le temps, mais aussi la notion de public (invité à agir plutôt qu’à consommer).

Il était venu à plusieurs reprises dans la vallée du Cousin

Voici une liste non exhaustive des dates et lieux qui nous reviennent en mémoire :

Plusieurs années consécutives dans différentes communes rurales, dans le cadre de son festival "L’épicerie culturelle".

A Avallon, le 21 novembre 2014 pour "T’as le salut du Poilu !".

Toujours à Avallon en 2015, pour la présentation des "Entretiens d’Émile", à la Tannerie.

En 2016, encore à Avallon et également à la Tannerie pour "Un temps à deux pattes".

Nous lui dédions ce poème de Birago Diop

Souffle

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.
Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre
Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Birago Diop