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Les préhistoriens : une tribu qui pète le feu !

Jour et nuit des musées, samedi 20 mai 2017

Publié par Chocomousse, Jean-Noël Lallement

Le samedi 20 mai 2017

Mis à jour le 14 juillet 2017

Un texte de Jean-Noël avec en portfolio les photos de Chocomousse. Pierre-Emmanuel a pris le relais plus tard dans la soirée (quelle équipe de choc cette valleeducousin.fr) : voir ici son reportage photo.

Les préhistoriens ? Une tribu qui pète le feu !

Si tu as ignoré la Nuit des Musées des 20 et 21 mai, Homo Avallonensis Sapiens, (et ta compagne, parité oblige) tu as manqué une belle occasion de te réconcilier avec la paléontologie, et l’archéologie en général. Car durant ces deux jours, parents et enfants ont pu approcher le « presque vrai » d’une préhistoire restituée non par des cours magistraux mais d’une façon aussi magistrale que ludique par une équipe de praticiens-sorciers chaleureux, disponibles et compétents.

C’est dans les salles du musée et le jardin attenant que cette tribu de chercheurs qui trouvent, mais surtout analysent, déduisent et refont les gestes vitaux de nos lointains ancêtres avait débarqué avec de lourdes caisses et posé son campement, aux bons soins de « notre » Agnès Poulain : Nejma Goutas, Isabelle De Miranda, Michèle Ballinger, David Laporal, Ludovic Mevel et Aline Emery, sous la houlette du Pr Pïerre Bodu, chef de la horde. Un bel exemple de collaboration entre le laboratoire Passés dans le présent de l’Université Paris-I, l’équipe ArScAn-Ethnologie préhistorique de la même Université et l’association Arkéo média qui s’attache à rendre la préhistoire vivante et questionnante pour tout public, notamment scolaire.

Leurs cathédrales s’appellent Lascaux, Font-de-Gaume ou Altamira, mais aussi Arcy-sur-Cure, où tous ont déjà fouillé ou continuent de le faire ; et c’est bien cette « seconde Dordogne » qui était à l’honneur le samedi dès 15h avec l’inauguration d’une salle du musée dédiée à la mise en valeur des objets de fouille.

Animations et activités devaient ensuite s’enchaîner : ateliers, conte poétique pour les petits sagement rangés devant une toile tendue, qui masquait nos habiles manipulateurs. On leur assura que l’héneaurme mammouth de carton découpé qui donna le feu aux hommes s’appelait Bobodur : un clin d’œil à Pierre Bodu, tant il est vrai que chambrer gentiment le patron est de tradition sur tous les chantiers.

Mais aussi, qu’aurait été la soirée-buffet - résolument nocturne -, sans notre conservatoire ? Une fois de plus, Gilles Bugnot fit donner les jeunes talents les plus éprouvés de « ses » ensembles de clarinette, saxophone, piano et batterie.

Le lendemain, enfants et parents – pas les moins fascinés – retrouvaient nos artisans et chasseurs paléolithiques sous un soleil déjà estival. Prêtresse du feu, Isabelle le faisait naître du rapide va et vient d’un forêt de bois mû par un archet, ou du choc de deux noyaux de marcassite tout près d’une touffe d’amadou...vous savez bien, l’étoupe naturelle provenant d’un champignon parasite qui foisonne dans nos bois...

Nejma nous transmettait sa curiosité exigeante, montrant de micro traces d’usure, de feu, de rupture ou de retouche sur des outils...un silex, un bois de cerf ça se regarde de près, et si on fait fonctionner ses neurones, la science – oui, la dure, la rigoureuse - se révèle au final tout aussi fascinante que les fictions de Guerre du feu.

À côté d’elle, Ludovic, maître d’armes du pas de tir-au-loup nous apprenait le maniement du propulseur : atteindre avec une longue flèche la forme du carnivore collée sur un panneau, ça demandait un certain coup de main. Au fait, pourquoi ce bâton démultiplicateur de force a-t-il été abandonné pour l’arc ? Question de changement de climat, donc de faune induisant une chasse plus « individualiste » (déjà...). Tout s’explique, fut-ce avec la prudence et les réserves du scientifique digne de ce nom.

Dans les salles du haut, David continuait à éveiller petits et grands à l’art pariétal : on avait sorti charbon de bois, ocre rouge, et jusqu’aux éclats de silex pour inciser les plaques enduites...des conditions (présumées) réelles ! Alors, c’était tentant de s’asseoir et d’imiter les jeunes graveurs de mammouths, ce que je fis avec plus ou moins de succès.

Mais le plus bluffant des ateliers fut celui du « patron » Pierre Bodu, qui, protégé d’un tablier de cuir, abattait méthodiquement les arêtes d’un rognon de silex afin d’en dégager des lames, forme première et matrice de tous les outils paléolithiques. Bon, ça prend un certain temps comme disait l’humoriste, et ça demande un talent certain. La dextérité de Maître-Pierre-maître-des-pierres était impressionnante. À la question-piège rituelle « Qui veut essayer », les papas des dessinateurs de mammouths et bisons ne se bousculèrent point.

Le devoir de transmettre

Et vient le temps de lever le campement ; remerciements chaleureux. Félicitations à Isabelle, maîtresse du feu qui avait su en outre nous donner la veille une remarquable « leçon de crânes », reconstituant notre généalogie la plus lointaine, à Nejma, à tous pour leurs remarquables facultés de vulgarisateurs.... Vulgarisation ? Le mot fait hésiter, car selon Michèle, « il commence mal ». Michèle, qui est palynologue - elle analyse les restes de pollen les plus ténus, ce qui permet de déduire les changements climatiques d’après les espèces végétales, ou quand l’impalpable produit l’irréfutable – évoqua le mot anglais de dissemination ; je citais le terme espagnol de divulgación. Et c’est Isabelle qui nous mit d’accord :
―­ Je fais de la médiation.
C’est un choix délibéré pour cette familière des plus grands sites de fouilles. Une même éthique d’éducation populaire les rassemble tous, formulée par Nejma avec un grain de ferveur :
―­ Nous sommes rétribués par le contribuable, c’est notre devoir d’être des passeurs pour tous les publics.

Et des connaissances étayées, il y en a tant à passer, avec leur inséparable complément, la faculté de douter qui est inséparable de la démarche scientifique ! On aimerait en voir plus, de ces universitaires qui ne se contentent pas de parler ou de publier pour leurs pairs ! Si la discipline la plus ardue peut être objet de médiation, et si l’archéologie expérimentale en est un bel exemple – au pays de Guédelon, on ne saurait dire le contraire -, l’effet didactique d’une médiation intelligente peut être considérable dans le cas de la préhistoire, vu la fascination que l’on nourrit toujours pour ces âges farouches évoqués dans La Guerre du feu, ce roman si populaire de Rosny Aîné, adapté en 1981 par Jean-Jacques Annaud, un film dont on se souvient encore.

La nuit des musées à Avallon ? Un succès : plus de 300 membres de la tribu Avallonensis Sapiens de tous âges auront animé le nôtre, goûté la « blue note » du saxophone et partagé les buffets de Karine, ou participé à des ateliers.

Jean-Noël Lallement

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