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Présidentielles : il y a une vie après Noël

Pour une sorte de « permaculture politique »

Publié par Léon

Le vendredi 7 avril 2017

Mis à jour le 16 juin 2017

Concernant cette présidentielle, en toute sincérité, j’aurais voté pour des petits morceaux d’idées ici et là, et surtout pour un gros morceau qui n’existe dans aucun projet. Et pour cause, la présidentielle est à ce jour conçue comme un spectacle politique pour citoyen-nes de quatre à cinq d’âge mental civique, c’est-à-dire qui croient encore, ou veulent croire, au père Noël. Par confort, par habitude sans doute.

La politique utile de notre époque ce serait peut-être de chercher à hisser l’âge mental civique des citoyen-nes à 6-7 ans. C’est-à-dire au niveau de celui où l’on quitte progressivement la pensée magique : « Je m’occupe de moi, et pour le reste, il y a un papa ». L’idée serait de chercher à aller vers un-e citoyen-ne plus débrouillard-e, ayant cette qualité tout-terrain de se satisfaire matériellement de peu, afin d’être plus libre et léger, appréciant de cultiver le jardin infini des choses qui n’ont pas de traduction économique immédiate. Et qui de fait, deviendrait un rouage à part entière d’une époque de refondation politique.

Si en 2050, une part significative de la population a su cultiver ces qualités, on aura fait le boulot pour les générations suivantes. L’essentiel est que les citoyen-nes qui regardent au-delà de ce qu’ils font pour eux-mêmes, soient assez résistants et opiniâtres pour repiquer le plancher et les fondamentaux, sur lesquels la société est posée. Ces citoyennes et citoyens ne seront peut-être pas plus nombreux que les élu-es de nos jours, mais imaginons qu’ils sauront construire, inspirer, et donner envie à leurs congénères, de faire leur part de boulot à leur tour.

Ensuite, la fin du cycle politique que nous connaissons n’a rien de mystérieuse. C’est le résultat d’un travail de plusieurs siècles, de la part de classes sociales confortables, accrochées à leurs avoirs et à des théories humanistes pas toujours chevillées au corps, et de ceux et celles qui auront bien voulu les prendre en modèle. Le seul problème est que ces idéaux ont aussi agi comme de puissants somnifères, et que le réveil tarde un peu à sonner.

On peut comprendre qu’un-e citoyen-ne qui a été civiquement oublié en chemin, à travers un enseignement initialement conçu pour équiper les masses du strict nécessaire, et trier le bon grain de l’ivraie, se retrouve comme un spectateur de télé sonné, lorsque s’effondre sous ses yeux, la politique à la papa. De nos jours, en accordant une valeur particulière au fait de s’abstenir, de voter blanc, par défaut, utile, par colère, par hasard, on ne ferait en réalité que repousser un peu plus loin, l’instant fatidique où l’on devra à son tour prendre sa part. Ce serait au fond, l’enjeu caché de nos dernières échéances électorales.

Il faudra peut-être encore du temps avant que chaque citoyen-ne accepte, que le président capable de passer dans toutes les cheminées électorales, n’a en fait, jamais existé. La salle de commandement, permettant de faire la pluie et le beau temps sur la société, ne fonctionnera jamais que pour quelques aspects de la vie collective, même s’ils comptent évidemment. Pour le reste, pour tout ce qui est vivant, en finesse, les leviers d’action sont partout. Dans chaque chaumière, derrière chaque désir et courage du quotidien. Et sans eux, la politique d’en haut reste terne et insensée. Cette histoire de père Noël politique fut sans doute dans notre histoire, une fable nécessaire, pour un peuple qui aura au final troqué le confessionnal pour l’isoloir, la prière pour le vote, et peut désormais sans doute mieux faire.

En attendant, reste à réaliser dans la société une sorte de « permaculture politique », que l’expression est moche Micheline, pour recréer patiemment du vivant en lieu et place de cet imposant désert civique. Parce que les petits d’humains le méritent bien, et que c’est un ouvrage passionnant que nous avons-là. Même si ça pique, ça gratte, et que ça fait suer de temps en temps, cultivons notre jardin, comme dirait l’autre. Mais à commencer par celui qui est en commun, car de fait on en dépend. C’est au fond bien plus satisfaisant, et amusant. Et parions que cette satisfaction-là, sonnera, pour ceux qui sauront la vivre, comme le plus beau Noël du monde.

Léon