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Les carrières de Méluzien – 1. La carrière MORACCHINI

La route de Méluzien : entre souvenirs et histoire économique de la vallée du Cousin

Publié par Gérard Gravouille

Le vendredi 17 juillet 2015

Mis à jour le 16 avril 2016

Cette carrière, qui se situait entre l’usine d’amiante Patouret-Dubois et le moulin de Michel Petit (route de Méluzien), a ouvert en 1945 et fermé en 1954.

À cette époque, à l’ouverture de la pêche, j’exerçais mes maigres talents de jeune pêcheur dans le gourd de Patouret, coté du pré des Pannats. J’y rencontrais Jacquot Guerreau, régisseur de l’abattoir d’Avallon et grand fournisseur d’asticots, de sang de bœuf et de rate bien rouge...

...Le sang était mélangé avec du sable et du son pour l’alourdir.

L’hameçon esché d’un cube de rate était présenté dans la trainée rougeoyante.

En fin de coulée, une touche bien appuyée et c’était la bagarre avec un énorme chevesne, un gros gardon ou une vandoise...

Mais Monsieur Guerreau avait une canne en roseau de 6m avec anneaux et moulinet... Moi une simple canne de 3 mètres : donc pas de résultat !

Découragé, j’allais retrouver des copains pour jouer dans cette carrière qui avait cessé toute activité depuis 2 ou 3 ans, mais dont les rails, aiguillages et wagonnets étaient en parfait état de fonctionnement.

A trois ou quatre, on poussait le wagonnet sur la butte : une construction en pierre, haute de 5 mètres, large de 3 mètres et d’une cinquantaine de mètres de long.

Cette butte avait une plate-forme, munie d’un énorme moteur avec un levier à l’arrière. Sur la photo, on peut voir une courroie qui devait actionner le concasseur.

Carrière Moracchini : Le Moteur
Document n°1937
Carrière Moracchini : Le Moteur
Moteur qui servait à concasser, tirer les chariots... etc...
Crédits : Collection Gérard Gravouille

La plate-forme recevait une voie d’extraction qui venait de la colline et deux voies qui longeaient le Cousin en direction du moulin de Michel Petit, dont une qui remontait vers la plate-forme en passant devant un hangar en bois.

Cette butte, telle que je la décris, existe dans les gares de triage en beaucoup plus grand. Les wagons poussés prenaient la pente et par l’élan allaient former les trains de marchandises ou de voyageurs.

La plate-forme qui communiquait par des voies vers le hangar recevait les wagonnets dont les pierres allaient être transformées en pavé de paris, pierre de taille ou encore en « paquet de tabac » (pavé 7x7) pour les meilleures d’entre elles, les moins bonnes servant à faire du ballast et du macadam.

Toute la pierre travaillée était chargée sur les wagonnets, et par un aiguillage reprenait la passerelle pour aller approvisionner les camions de l’autre coté du Cousin sur la route de Méluzien.

Avec les copains, quand on jugeait que le wagonnet était assez haut, ou surtout que ça devenait trop dur, on sautait dedans.

Mais il y en avait toujours un pour mettre une embûche, voir tourner l’aiguillage. Il s’en suivait un déraillement... avec les gamins d’un coté et le wagonnet pas loin d’eux.

Je crois que le bon dieu était en permanence avec nous car il n’y a jamais eu d’accident grave...

Si je fais cet article c’est pour les souvenirs, mais aussi grâce à la gentillesse d’une habitante de Méluzien, Madame Annie Sapin, épouse Pinaud, qui m’a donné des photos prises par Monsieur Duvergier, photographe à Avallon.

Ces photos montrent la mise en œuvre et l’exploitation de cette carrière dont la pierre était extraite sur une pente à 60°. On y voit son père travailler sur la construction de la passerelle (Norbert Sapin, décédé en 1984).

Elle m’a même donné son relevé de carrière (sans jeu de mot) : une pièce d’une grande valeur, qui m’a permis de retrouver les noms des carrières et de les remettre au bon endroit.

On y voit que Monsieur Sapin a travaillé dans 9 carrières ou dans des entreprises locales ayant un rapport avec la pierre. Et ça de 1932 a 1961.

On voit que le travail dans la pierre était une source d’emplois importante pour Avallon et Magny et aussi une richesse pour ces communes.

Carrière Moracchini : Coupe d’un arbre au début de l’exploitation
Document n°1936
Carrière Moracchini : Coupe d’un arbre au début de l’exploitation
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Un chariot sur la passerelle provisoire...
Document n°1938
Carrière Moracchini : Un chariot sur la passerelle provisoire...
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Construction de la passerelle
Document n°1933
Carrière Moracchini : Construction de la passerelle
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Construction de la passerelle
Document n°1932
Carrière Moracchini : Construction de la passerelle
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Fabrication d’une des piles de la passerelle
Document n°1942
Carrière Moracchini : Fabrication d’une des piles de la passerelle
On voit Norbert Sapin au centre de la pile...
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : sous la passerelle
Document n°1945
Carrière Moracchini : sous la passerelle
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Raccordement de la passerelle à la butte
Document n°1943
Carrière Moracchini : Raccordement de la passerelle à la butte
D’après Monsieur Gérard Bertlé, la passerelle proviendrait du génie de Besançon et aurait été ramenée par le récupérateur Monsieur Vaisse.
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Le cric à manivelle à côté d’un gros bloc
Document n°1931
Carrière Moracchini : Le cric à manivelle à côté d’un gros bloc
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Extraction des blocs de granite
Document n°1934
Carrière Moracchini : Extraction des blocs de granite
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Extraction des blocs de granite
Document n°1935
Carrière Moracchini : Extraction des blocs de granite
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : La dureté du travail
Document n°1940
Carrière Moracchini : La dureté du travail
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : Les litrons... Evin ne regarde pas !
Document n°1941
Carrière Moracchini : Les litrons... Evin ne regarde pas !
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : les rails n’étaient pas fixés pour être déplacés selon les besoins
Document n°1944
Carrière Moracchini : les rails n’étaient pas fixés pour être déplacés selon les besoins
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Carrière Moracchini : le travail sur la falaise
Document n°1946
Carrière Moracchini : le travail sur la falaise
Crédits : Collection Gérard Gravouille
Un tacot de cette époque retrouvé dans les Carrières de Méluzien
Document n°1947
Un tacot de cette époque retrouvé dans les Carrières de Méluzien
Crédits : JOEL CHAPERON

Remerciements

Je voudrais remercier pour la réalisation de cet article :

  • La ville d’Avallon :
    • La ville d’Avallon pour ses archives ;
    • Monsieur Laboureau ;
    • Monsieur Guittet ;
    • Monsieur Guyard ;
    • Les dames du cadastre ;
    • Madame Delbarba ;
    • Madame Defert ;
    • Mademoiselle Vialle ;
  • Mais aussi
    • Monsieur Fillion de Faix (Société d’études d’Avallon) ;
    • Les époux Verly de Magny ;
    • Michot Bernard
    • Jean Madeleinat (de Magny, décédé) ;
    • Christine et Jean-Pierre Léger (Moulin Léger) ;
    • Monsieur Couettaut (Chassigny)
  • Plusieurs habitant(e)s de Méluzien
    • Mme Annie Sapin (épouse Pinaud) ;
    • M. Guingois, Mme Ginguois ;
    • M. René Simoneau ;
    • M. Baraguet ;
    • M. Joël Chaperon avec qui j’ai fait un bon bout de chemin ;
    • Philippe, Sonia et André Patouret

Toutes les photos dans le port-folio ci-dessous ont été prises sur les lieux de la carrière Moracchini en 2014, par Monsieur Joël Chaperon.

Portfolio

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