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Pourquoi pas un permis de végétaliser à Avallon ? Le « Lacet des figuiers »

Végétalisation nourricière, partage et résilience

Publié par Thiébaut Jourdain

Le lundi 11 mars 2019

Mis à jour le 1er avril 2019

Nous avons eu l’occasion, récemment, de remercier l’équipe des Espaces verts de la ville d’Avallon pour avoir épargné le Caprifiguier qui s’épanouit plus bas depuis plus de 15 ans… et qui nous a donné une idée !

Mais qu’est-ce qu’un caprifiguier ? Pourquoi un permis de végétaliser sur Avallon ? Et pourquoi le « Lacet des figuiers » ?

Qu’est-ce qu’un caprifiguier ?

Pour faire simple, il s’agit d’un figuier « mâle », appelé encore « figuier de bouc » ou caprifiguier, dont les figues spongieuses ne sont pas comestibles. Elles sont faites pour héberger le blastophage, un pollinisateur indispensable à certains figuiers ne portant que des fleurs femelles.

Lors d’un semi spontané, un figuier donne autant de figuiers « mâle » ou caprifiguiers, que de figuiers « femelle ».

D’autres figuiers, dits « auto-fertiles », n’ont pas besoin de cet insecte pour fructifier.

Nos sources ?
- Cette page de l’université de la Sorbonne
- L’explication d’une association de jardiniers
- L’explication des pépinières Baud

Pourquoi pas un permis de végétaliser pour Avallon ?

Pour permettre à des habitant(e)s de contribuer au fleurissement et au verdissement de la ville, comme cela se fait déjà ailleurs... non sans poser parfois quelques problèmes. Voici un petit tour d’horizon de la situation :

Qu’est-ce que le permis de végétaliser ?

Les dérives possibles des "permis de végétaliser"

Dans un article intéressant intitulé La végétalisation des villes et la tragi-comédie des Communs, l’auteur, Lionel Maurel, pointe du doigt différentes dérives du "permis de végétaliser" :

  • le risque de "permis de privatiser" : Pour autant, est-ce que ces permis aboutissent à la création de Communs dans l’espace urbain, au sens propre du terme ? Ce n’est pas certain. On passe en effet d’une situation où les espaces étaient gérés par la puissance publique à une autre, où ce sont des personnes privées qui vont récupérer le droit de les utiliser. D’une certaine manière, le permis de végétaliser est un « permis de privatiser », bien que sa portée reste limitée.
  • l’échec d’une réappropriation collective de l’espace public : Dans les rues autour de chez moi, on trouve à présent de nombreux espaces végétalisés dans le cadre d’un permis. Je passe tous les jours à côté d’eux et je vois de petites pancartes indiquant que M. Untel ou Mme Untel a obtenu un permis pour utiliser ces espaces, sur lesquels je n’ai finalement pas plus de prise que lorsque c’était la municipalité qui les gérait. On passe d’un contrôle public à un contrôle privé, mais pas à une gouvernance collective exercée par une communauté, qui est le propre de ce qui fait le Commun.
  • le risque de juxtaposition de parcelles individuelles sans cohérence d’ensemble ;
  • le risque de parcelles délabrées, volontairement ou non, par des passants peu respectueux des plantations... et d’abandon : Comme de surcroît, la plupart des permis de végétaliser sont attribués à des individus isolés, nombreux sont ceux qui jettent rapidement l’éponge, ne parvenant pas à compenser par leurs simples forces les dégâts que ces espaces subissent tous les jours.

La dimension collective : une clé de réussite pour les "permis de végétaliser"

Toujours d’après l’article de Lionel Maurel, le simple fait que les fruits et légumes issus d’un permis de végétaliser puissent être cueillis par tous (réactualisant en ville les pratiques de glanage) ne suffit pas à transformer l’essai du "permis de végétaliser".

Pour qu’il réussisse, le projet doit à la fois s’appuyer sur le tissu collectif et contribuer, en créant du lien social, à son existence. Voici ce qu’il dit à ce sujet :

On est confrontés à un paradoxe de la poule et de l’œuf : il n’y a certes pas de Communs sans communautés, mais la construction de Communs n’est-elle pas aussi un moyen de faire renaître les communautés là où elles avaient disparu ?

Certaines villes, comme Strasbourg, réservent les permis de végétaliser aux seules associations.

Mais, pour ne pas multiplier les associations, les collectifs peuvent également exister de façon plus informelle, par exemple sous la forme de réunions de quartier annuelles.

L’idée étant que seul un collectif est capable d’établir et faire respecter des règles de gestion à même d’assurer la préservation... et la pérennité de ressources partagées.

Pourquoi un projet de « Lacet des figuiers » ?

La plupart des permis de végétaliser cités en exemple concerne des palettes végétales strictes, uniquement composées d’annuelles ou vivaces de petite taille, afin d’éviter les plantations anarchiques, ce qui se peut se comprendre dans les milieux très urbanisés aux fortes contraintes de circulation… alors pourquoi un projet de « Lacet des figuiers » ?

Entre la ville et la campagne

Le contexte du Pavé est différent : ce lacet pédestre descend le long d’une pente exposée plein sud sur un sol où poussent habituellement la ronce et la prunelle (entre deux débroussaillages) ainsi que quelques frênes (de moins en moins nombreux). Il y a donc de la place : on est entre la ville et la campagne.

Les vergers partagés : des fruitiers à récolter ensemble de façon conviviale

Un peu partout en France… et même dans le monde, les initiatives de jardins partagés s’étendent aux vergers partagés. Ils présentent de nombreux atouts : social (création de lien social à travers une activité productive conviviale), économique (gratuité des fruits, consommation responsable), environnemental (agrobiologique et permaculture, produire plutôt qu’importer) et d’éducation populaire (transmission des connaissances). Quelques exemples :

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Pour une végétalisation nourricière, gage de résilience

La situation démographique d’Avallon est préoccupante. Le contexte économique national et mondial n’est pas reluisant. Or, l’exemple extrême de Detroit aux États-Unis a permis de montrer que la résilience d’une ville commence par sa capacité à produire sur place de quoi se nourrir : des quartiers entiers ont été transformés en véritables fermes urbaines, par les habitants, pour assurer leur survie. Comme il vaut mieux prévenir que guérir, pourquoi ne pas commencer maintenant ?

Végétaliser la ville pour se nourrir : l’exemple de Detroit
Photo tirée de l’article de Trax intitulé "Detroit : ruinée, la ville de la techno revit grâce à l’agriculture urbaine

Les figues, des fruits à haute valeur nutritive

Les figues, qui profiteraient à tout le monde, sont des fruits d’une grande valeur nutritive. Séchés, ils peuvent se conserver.

Riche en vitamine B3 et en fibres, la figue favorise le transit intestinal. Elle est aussi riche en calcium, en fer alimentaire et en potassium. En fruit sec, elle est très énergétique (250 kcal/100 g), c’est pourquoi elle fait partie des en-cas des sportifs et des randonneurs.

En médecine chinoise, son principe actif, la ficine, est utilisé pour éliminer les toxines et traiter les furoncles. En herboristerie, elle est utilisée en préparation pour soigner les rhumes et dégager les voies respiratoires.

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Le figuier, un arbre résilient adapté au réchauffement climatique

Le figuier est un arbre parfaitement adapté au réchauffement climatique, qui se plait sur les terrains drainés exposés au sud et légèrement abrités des vents dominants, ce qui est le cas sur ce lacet. Il ne demande aucun entretien particulier et il est capable de repartir de sa souche en cas de gel : un fruitier résilient par excellence, qui offre toutes les garanties d’un projet pérenne.

La présence d’un caprifiguier comme point de départ

Mais le projet part surtout de la présence, sur ce lacet, d’un Caprifiguier vigoureux, bien implanté et bien ramifié. Il s’agit d’une preuve que l’arbre se plait à cet endroit. Et… réchauffement climatique aidant, il pourrait peut-être bientôt servir à héberger des blastophages ?

Un arbre facile à multiplier

Le hasard a bien fait les choses : une semaine après que Monsieur Gérard GUYARD, adjoint au Maire, se soit prononcé favorablement au projet de plantation d’un premier arbre, un habitant de la vallée nous donnait un figuier de belle taille.

Si le projet de « Lacet des figuiers » est accepté, l’idée serait d’ajouter par la suite d’autres variétés. Or il s’agit d’un arbre que l’on peut multiplier facilement, à moindre frais, par simple bouturage.

Projet de plantation de figuiers le long d’un lacet d’Avallon

La suite au prochain numéro...