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Table ronde d’Alternatiba 89 : Enjeux climatiques et justice sociale

Podcast + Retranscription de la Table ronde du 4 juillet 2015 à Joigny

Publié par Thiébaut Jourdain

Le samedi 4 juillet 2015

Mis à jour le 28 juillet 2015

Geneviève AZAM, économiste, membre du conseil scientifique d’Attac France et marraine de l’Alternatiba de l’Yonne, a ouvert la table ronde ainsi : « Certes, il ne faut pas confondre les événements météorologiques conjoncturels localisés et les événements climatiques, systémiques et sur le long terme. Mais la canicule qui marque cet Alternatiba de Joigny est un « cadeau du ciel » pour ouvrir la table ronde sur le climat. »

Elle nous invite à venir nombreux(es) à Paris en décembre 2015, lors de la énième conférence des Nations Unies sur le climat (Cop21)... dont il n’y a pas grand chose à attendre des politiques.

Important : le texte ci-après est une retranscription en partie synthétisée... qui tente d’être fidèle aux propos des intervenants. Mais elle est certainement imparfaite ! Si vous voulez tout savoir, écoutez le podcast.

A propos des trois intervenants

Geneviève Azam, économiste, marraine de l’Alternatiba 89

Geneviève Azam, économiste, est membre du conseil scientifique d’Attac. Actuellement l’une des porte-paroles d’Attac France. Auteur de « Vers le temps d’un monde fini, vers l’après-capitalisme ». et « Osons rester humains, les impacts de la toute puissance ». Geneviève a été partie prenante de la création du processus Alternatiba dès ses débuts, en 2009.

Raphaël Stevens, de Bruxelles, éco-conseiller

Expert en résilience des systèmes socio-écologiques, il est co-fondateur du bureau de consultance GreenLoop. Il vient de publier avec Pablo Servigne, un livre qui fait beaucoup parler de lui « Comment tout peut s’effondrer ».

Nicolas Sersiron, Président d’Échange non-marchand et du CADTM

Sennonais, Nicolas est l’un des initiateurs et des coordinateurs d’Alternatiba Yonne. Il vient de publier un livre chez Utopia ’Dette et extractivisme’.

Le podcast intégral de la table ronde

Alternatiba Joigny 2015 - Table ronde : Enjeux climatiques et justice sociale by Yonnelautre on Mixcloud

Ouverture de la table ronde par Geneviève Azam

Geneviève Azam : Co-initiatrice des Alternatiba et porte-parole d’Attac France.

La canicule ouvre la table ronde sur le climat !

Certes, il ne faut pas confondre les événements météorologiques conjoncturels localisés et les événements climatiques, systémiques et sur le long terme.

Mais la canicule qui marque cet Alternatiba de Joigny est un « cadeau du ciel » pour ouvrir la table ronde sur le climat.

En effet, elle permet de rendre tangible ce qui, au milieu du siècle, risque de devenir un épisode normal, répétitif et sur des périodes beaucoup plus longues dans les zones tempérées.

Le changement climatique sort de son abstraction : ce qui n’était qu’un modèle scientifique de prévision commence à être ressenti par des populations entières.

Le changement climatique : une cause majeure !

Les scientifiques s’accordent à dire aujourd’hui que le changement climatique est à 98% de nature anthropique.

Plus être plus précis, ce sont les activités humaines des deux derniers siècles qui ont contribué au réchauffement.

A la fois parce qu’il représente une menace imminente pour la vie, mais aussi et surtout parce qu’il nous oblige à repenser entièrement notre modèle de société, le changement climatique doit être considéré comme une cause majeure.

Alternatiba : une alternative cohérente aux échecs politiques

Cette idée d’Alternatiba est née après l’échec de la conférence des nations unies à Copenhague sur le climat en 2009 : nous avions compris que ne devions pas attendre des états qu’ils se mettent d’accord pour un traité International.

Si les politiques, soumis aux lobbies industriels et financiers, ne sont plus capables de prendre les bonnes décisions, il faut que la société s’en charge directement. Le climat est une affaire de la société dans toutes ses dimensions.

Le mouvement Alternatiba a été créé pour rassembler toutes les problématiques liées au changement climatique, mais aussi pour donner de la cohérence aux nombreuses initiatives citoyennes qui tentent d’y répondre concrètement.

Remettre l’intérêt général au centre de la problématique

L’humanité est une espèce vivante qui a la capacité de choisir le monde dans lequel elle veut vivre.

Or, au sein de l’humanité, la minorité qui détient la puissance financière cherche de toutes ses forces à soumettre le reste du monde pour son profit exclusif... en poursuivant sa logique destructrice.

Une logique destructrice qui, en voulant forcer la nature, les sociétés, a fini par produire un tel déséquilibre qu’aujourd’hui la vie sur terre est menacée.

Aujourd’hui, il est urgent de résister à ces forces mortifères [1], en optant pour une logique différente, au service de l’intérêt général. Nous devons apprendre à vivre avec la nature, avec la terre.

Alternatiba, un combat pour la vie, ici et maintenant

Nous avons à anticiper ce que serait une société dans laquelle nous serions capables de refroidir la planète. Il y va de notre responsabilité collective.

C’est à partir de cette responsabilité collective que nous préserverons la possibilité d’une humanité sur la terre.

Notre combat, et nous pouvons en être fier, c’est un combat pour la vie. Ce n’est pas seulement un combat pour les générations futures. C’est un combat à la fois pour les générations présentes et futures.

Avec Alternatiba, nous avons l’ambition de créer un mouvement international qui permette une prise de conscience, pour la création de sociétés résilientes.

Rendez-vous à Paris en décembre 2015 !

Cette année, 80 rencontres Alternatiba sont prévues en France, en Europe, jusqu’au point culminant à Paris, en décembre, au moment de la énième conférence des Nations Unies sur le climat (Cop21).

Nous n’attendons évidemment pas que cette nouvelle conférence apporte une solution raisonnable aux problèmes créés par les changement climatiques.

Nous savons que c’est la société qui doit s’organiser de la manière la plus démocratique pour faire face aux changement climatiques et anticiper.

Intervention de Geneviève AZAM : coopérer avec les fragilités

Que nous révèle le changement climatique et plus généralement la crise écologique ? Qu’est-ce que cela peut susciter par rapport à notre engagement ?

Trois fragilités : des écosystèmes, des sociétés, des humains

1 - Fragilité des écosystèmes

On sait aujourd’hui que les grands équilibres sont perturbés : l’équilibre climatique et le système terre, avec les grands cycles de l’eau et du carbone.

2 - Fragilité des sociétés.

Les sociétés sont considérablement fragilisées : depuis une trentaine ou une quarantaine d’années, le néo-libéralisme a détruit de nombreuses institutions protectrices, aussi bien au niveau social qu’au niveau de l’écologie, au prétexte de la compétitivité, de la concurrence, de la croissance.

Dans son livre « Tout peut changer », Naomi Klein nous dit que cette crise climatique arrive à un moment où les pouvoirs politiques ont abandonné leurs prérogatives, au profit des « marchés » : lobbies industriels et financiers.

La crise est devenue la modalité de gestion du capitalisme. C’est au nom de la crise qu’on impose aux gouvernements un certain nombre de choses.

La perte de ces outils politiques et sociaux complique considérablement ce que nous pouvons mettre en œuvre pour lutter contre ce changement climatique et contre ses effets.

3 - Fragilité des humains

Nous découvrons aussi la fragilité des humains qui, un peu partout dans le monde, sont de plus en plus précarisés, renvoyés à eux-mêmes.

De même, depuis une quarantaine d’années, le modèle consumériste fait l’apologie de « l’individu tout puissant », qui peut s’en sortir tout seul et qui n’a pas besoin des autres. Un individu qui n’a pas besoin de ces protections sociales, considérées comme un frein à sa liberté. Des personnes seules et fragilisées.

La crise de la toute puissance : accélérer ou accepter nos fragilités ?

Par un effet de contraste, on assiste au déploiement extraordinaire de la toute puissance économique et techno-scientifique... qui non seulement ne parvient à résoudre les fragilités mais qui les aggrave.

Une crise de la toute puissance qui nous heurte, nous, citoyens occidentaux élevés dans l’idée des lumières. Nous qui croyions être des citoyens éclairés, maîtres de leurs actes.

Car nous découvrons effarés que non seulement nous ne maîtrisons absolument pas les conséquences de nos actes les plus quotidiens... mais encore qu’il peuvent avoir des effets catastrophiques lorsqu’ils sont agglomérés.

Bref, une véritable crise de civilisation, par rapport à laquelle on peut réagir de deux manières opposées : s’obstiner dans la voie de la toute puissance ou composer avec la fragilité.

Première voie : la fuite en avant de la « toute puissance »

Ceux-là même qui nous ont amené dans cette situation de déséquilibre tentent de se défausser de façon impudente : non seulement il cherchent à faire passer ces fragilités pour des « erreurs » qui ne sont pas de leur fait, mais encore ils se targuent de pouvoir les corriger en nous entraînant dans une « fuite en avant ».

  • Si la nature, n’est pas assez compétitive, pas assez efficiente, c’est qu’elle n’est pas encore assez bien gérée ;
  • Si les humains ne sont pas capables d’imaginer les conséquences de leurs actes, il suffit de les augmenter ;
  • Si les écosystèmes ne sont pas complètement performants, dans la perspective purement utilitariste de nos besoins, il suffit de les modifier.

Parmi les solutions proposées, en voici trois qui reviennent souvent dans les conférences internationales... toutes basées sur les technologies de pointe, réservées à une « élite » :

  1. L’ingénierie financière des marchés de la nature nous dit « La nature est défaillante parce qu’elle n’est pas bien gérée ». Si on la fait entrer dans le grand cycle de l’économie, elle pourra être gérée de manière optimale. La financiarisation de la nature, c’est l’idée qu’il faut l’internaliser pour justement arriver à l’équilibre écologique. C’est ce qu’on appelle l’économie verte.
  2. La géo-ingénierie nous dit « Puisque le climat se réchauffe, on va modifier la planète elle-même ». Ce qui implique une modification à très grande échelle des grands équilibres écologiques, déjà bien déséquilibrés... Des expériences déjà en cours consistent par exemple à pulvériser des particules à base de soufre dans l’atmosphère pour renvoyer le rayonnement solaire dans l’atmosphère. On pourrait aussi « ensemencer » les océans avec une sorte de limaille de fer, de manière activer la captation du CO2 par le plancton marin... ce qui nous permettrait de continuer à émettre sans danger !
  3. La bio-ingénierie consiste à dire : on a des problèmes énergétiques ? Ce n’est pas grave, on a une immense biomasse, on va pouvoir faire de l’énergie, on va pouvoir quasiment recréer la nature, faire une seconde nature, beaucoup plus parfaite que la nature, pour dépasser les défis...

Les climato-sceptiques de l’époque, se reconvertissent aujourd’hui dans ces trois ingénieries... prometteuses en terme de profits.

Mais, depuis une vingtaine d’années, des luttes contre les lignes à grande vitesse, les aéroports, les barrages, les immenses centres commerciaux avec piste de ski comme ce qui est prévu à Paris près de Roissy... montrent qu’il y a des résistances à tous ces projets d’accélération.

Faut-il faire des centrales nucléaires, des EPR - encore faut-il savoir les faire – mais même si on savait les faire, faut-il les faire ?

Deuxième voie : composer, coopérer avec les fragilités

Ces luttes me semblent témoigner de cette prise de conscience de la fragilité. Des résistances qui ne consistent pas à demander toujours plus d’accélération, d’augmentation, mais qui au contraire formulent des limites : que pouvons nous faire et que ne faut-il pas faire, même si nous savons le faire.

Au lieu d’une fuite en avant, une nouvelle voie consiste à dire que ces fragilités ne sont pas des manques mais des éléments constitutifs avec lesquels il faut apprendre à composer :

  • Savoir travailler avec les écosystèmes dans le respect de leurs limites, qui ne doivent pas être considérées comme une restriction de notre liberté... qui consiste alors à imaginer des mondes divers à l’intérieur de ces limites. Accepter une certaine extériorité de la nature : on ne négocie pas avec la planète. On ne peut pas négocier avec la durée de vie du carbone dans l’atmosphère. Ce carbone est dans l’atmosphère. Je dois concevoir ma liberté comme possibilité de choix à l’intérieur de ces limites.
  • Faire de la fragilité des sociétés une force : remettre en avant les valeurs de coopération, de solidarité. Sans ces valeurs, il n’y a pas de société mais des luttes intestines entre individus, entre personnes.
  • Fragilité des humains : accepter que nous avons besoin des autres pour vivre. Abandonner l’idéal de l’homme capable de dominer tout, et les autres et la terre.

Le mouvement Alternatiba s’écarte de l’humanisme anthropocentrique où l’homme tout puissant domine le monde. Il s’agirait plutôt d’un humanisme qui a compris que nous avons à vivre avec les autres, avec les espèces animales et végétales avec les écosystèmes.

Nous avons à apprendre à coopérer avec une nature pas toujours coopérative. Accepter l’extériorité de la nature. Nous avons à mettre notre intelligence à construire ces monde résilients, qui vont permettre de nous adapter au changement climatique... qui est là.

Alternatiba : un mouvement à la fois radical et non violent

L’Alternatiba a pour objet d’accompagner ce processus de prise de conscience collective de manière à la fois radicale et non violente. Radicale, au sens d’aller à la racine. Non violente, pour intégrer notre fragilité.

Un processus qui a l’ambition de s’élargir aux 99%, face aux 1% qui cherchent à freiner cette prise de conscience collective. Car le changement climatique ne va pas faire de détail. Il va toucher l’ensemble des société. Même si nous ne sommes pas tous égaux face aux dérèglements climatiques : il y a des immenses inégalités sociales, entre les sociétés... C’est pour cela que nous parlons de Justice climatique.

Il n’en reste pas moins qu’il y a une cause commune. L’esprit d’Alternatiba, c’est peut-être de recréer, à partir de cette cause commune, l’idée qu’un avenir est possible alors qu’aujourd’hui tout nous dit que avenir serait impossible. Retrouver l’idée qu’un avenir est possible collectivement. Réfléchir au monde dans le lequel nous voulons vivre et aux solidarités que nous voulons créer.

Intervention de Raphaël Stevens : l’utopie a changé de camp

Le changement climatique n’est pas une simple crise que nous traversons. Car la notion de crise sous-entend qu’un retour à la normale est possible.

Or si on dresse le constat, on voit qu’un retour à la normale n’est plus possible. Aujourd’hui, les utopistes sont ceux croient que tout peut continuer comme avant.

L’utopie a changé de camp.

Partir de ce constat et le mettre en lumière est indispensable pour pouvoir prendre les bonnes décisions vers un futur souhaitable, désirable. Sinon, il y a des risques que nous fassions fausse route.

La voiture, métaphore de notre civilisation thermo-industrielle

On est aujourd’hui dans une voiture qui accélère à plein tubes, comme on peut le constater, tant au niveau des tendances socio-économiques qu’au niveau du dérèglement des écosystèmes et des climats.

Comme une croissance infinie dans un monde fini n’est pas possible, il est évident de dire que cette accélération exponentielle nous emmène droit dans le mur.

La question n’est donc pas de savoir si on va aller dans le mur, mais plutôt de savoir où est ce mur ? C’est l’une des grandes questions de notre époque.

Le réservoir, métaphore des limites physiques de nos ressources

Quelles sont les limites physiques des ressources nécessaires pour faire fonctionner notre civilisation thermo-industrielle ?

Même si les réserves prouvées en énergies fossiles sont encore énormes, cela devient de moins en moins rentable de les extraire, tant du point de vue économique que du point de vue du retour énergétique [2].

En 1900, au Texas, le pétrole jaïssait : un taux de retour de 100 unités pour 1... qui est descendu aujourd’hui à 18 et qui continue de chuter. Or pour faire fonctionner tous les services de base de la société actuelle (l’éducation, le système de santé, la sécurité...) on estime avoir besoin d’un retour de 12 pour 1. Quant aux énergies renouvelables, elle ne nous fournissent pas cette puissance de feu des énergies fossiles (2,5 pour 1 avec le solaire) ;

Éco-systèmes et climat : l’incertitude des 1 ou 2 degrés...

Le problème dans ce domaine, c’est que les conséquence de nos actes ne sont connues qu’après avoir dépassé les limites : en effet, dans un système complexe, les éléments interagissent ensemble de manière non linéaire, on peut donc pas prédire exactement où se situe le seuil.

Approximativement, on nous dit actuellement qu’il ne faudrait pas dépasser une hausse moyenne des températures de 1 ou 2 degrés. Passé ce seuil, les conséquences pourraient être incommensurables. Mais on ne sait pas vraiment les quantifier. Ce qui nous fait entrer dans une zone d’incertitude très profonde...

Volant bloqué : verrouillage socio-technique de la recherche...

Au niveau politique, le volant est bloqué. Les sociologues de l’innovation appellent cela le verrouillage socio-technique, dû notamment au fait que la recherche est financièrement accaparée par le système dominant.

Concrètement, un chercheur qui veut se lancer en agronomie aura plus de chance de se voir financé et d’être publié dans des revues prestigieuses comme Science ou Nature en faisant des recherche sur les OGM plutôt qu’en agro-écologie.

Alors qu’on sait aujourd’hui que l’agriculture intensive est fortement dépendante de nos ressources en énergie fossile... et qu’il est urgent d’imaginer des formes d’agriculture indépendantes de ces énergies.

Une voiture « branchée » : fragilité de notre système thermo-industriel

Tout s’est inter-connecté à travers la mondialisation et la révolution de l’informatique. A travers Internet on a connecté toute la finance qui est devenue une source d’instabilité profonde, mais aussi toutes nos infrastructures : réseau électrique, routier... Un système qui demande énormément d’énergie pour fonctionner.

A cause de cette hyper-connexion, une petite perturbation peut se répandre dans l’ensemble du système et le mettre en danger, le faire basculer de façon abrupte dans un autre état d’équilibre. Notre système thermo-industriel est devenu très vulnérable.

Il y a donc de fortes chances pour qu’il bascule brutalement, de manière imprévisible, même si, scientifiquement, il n’est pas possible de prévoir exactement ce qui se passer.

La fin d’un monde

Aujourd’hui un effondrement de la civilisation thermo-industriel est inévitable. Cela ne signifie pas nécessairement la fin du monde mais la fin d’un monde.

Puisqu’il est difficile de changer le système de l’intérieur, il faut plutôt construire de petits systèmes résilients à la marge pouvoir ensemble créer le monde de demain.

Intervention de Nicolas Sersiron : dette illégitime et agriculture productiviste

Je vais tenter de montrer dans une première partie la relation qu’il y a entre la dette illégitime, le pillage des ressources naturelles, les inégalités créées... et leur conséquence sur le climat. Une seconde partie parlera du délire de l’agriculture productiviste, le plus grand crime contre le vivant.

La dette illégitime, celle qui ne profite qu’à des intérêts particuliers

Qu’est-ce que la dette illégitime ? Celle qui ne profite pas à l’ensemble de la population, qui ne profite pas à l’intérêt général mais qui profite à des intérêts particuliers. C’est quelque chose d’extrêmement important puisqu’on nous parle de dette tous les jours.

Aujourd’hui nos sociétés sont dominées par la dette puisque c’est au nom du remboursement de la dette qu’on créée l’austérité en France, qu’on a mis par terre la société grecque et qu’on exsangue les pays dits « en voie de développement ».

Est-ce que cette dette est légitime ? Qu’est-ce qui a créé cette dette... ? Est-ce que c’est le peuple français, est-ce que c’est le peuple grec ? Est-ce que ce sont les peuples africains qui subissent les plans d’ajustement structurel depuis 30 ans et dont les sociétés ont été effondrées par le FMI... ?

Le silence assourdissant des médias dominants

Une notion qui n’est jamais abordée par les médias dominants : le 18 juin 2015, une commission dette et vérité a rendu un pré-rapport pour la Grèce. Je n’ai lu aucun commentaire sur ce pré-rapport dans aucun média dominant. Pourtant, cette commission a déclaré que la dette grecque était illégitime et même pour une partie illégale.

Un système d’asservissement pour voler les peuples

La dette illégitime a été créée au lendemain des colonies. C’est un autre système d’asservissement.

Pendant quasiment 5 siècles, la colonisation a permis à l’Europe de créer sa toute puissance en volant les ressources naturelles et humaines.

Après la guerre et la décolonisation, les américains nous ont exporté la société de consommation. On consomme des biens qui ont été faits à partir de ressources naturelles. Or pour continuer à créer ces biens en faisant le plus de profit possible, il faut pouvoir continuer à voler les ressources naturelles.

La dette illégitime a été inventée pour maintenir les peuples et les pays dans l’asservissement. La banque mondiale a une lourde responsabilité là-dedans. Évidemment les pays industrialisés sont les vrais responsables puisque ce sont eux qui dominent la banque mondiale et le FMI.

Corruption des élites et aggravation des inégalités

Pour imposer aux peuples une dette illégitime, il suffit de corrompre les élites. Cette corruption a été imposée à tous les pays en développement. Ceux qui ne voulaient pas ont été assassinés, remplacés par des corruptibles.

L’installation de bourgeoisies comprador, qui ont exploité les richesses de leur pays, a permis d’alimenter la société de consumérisme dans laquelle on vit.

Notre société est richissime, même si elle est de plus en plus inégalitaire. Par rapport aux pays dits en développement il y a un rapport de 1 à 100 pour un salaire minimum. Or, avant la colonisation, ce temps de travail était égal entre paysans sénégalais et un paysan suisse. Comment ce différentiel de richesse matérielle s’est construit ? Par le pillage sans limite, au profit de quelques uns, des ressources naturelles dans un monde fini.

L’agriculture productiviste : le plus grand crime contre le vivant

Le plus grave des pillages, le plus grand crime contre le vivant, c’est l’agriculture productiviste, aujourd’hui la plus grande destructrice de la biodiversité et le plus grand réchauffeur du climat. L’association internationale GRAIN, a démontré que l’agriculture Industrielle et l’alimentation industrielle produisaient 44 à 57 % des émissions de gaz à effet de serre.

L’aberration des agro-carburants

Les agro-carburants ont un retour énergétique de 0 : ils ne servent donc qu’à faire gagner de l’argent à ceux qui les transforment. Et quand on sait qu’ils proviennent essentiellement du partir de soja de la déforestation amazonienne, c’est carrément négatif. On est vraiment dans un délire absolu de destruction de la planète au bénéfice à court terme de quelques uns.

Le délire de la viande : 80% des terres de l’agriculture productiviste

On nous dit « sans l’agriculture productiviste et ses pesticides, on va crever de faim ». C’est un énorme mensonge...

Il faut savoir que 80% des terres sont dédiées à la viande (pâturage, grain, foin).

Pourquoi en manger tant alors que la moitié des indiens des Indes et une partie des Chinois ne mangent pas de viande depuis des siècles ? Parce que la viande rapporte énormément d’argent à toute une filière, soit en aval, soit en amont.

On a été instrumentalisés pour manger de la viande. Mais ce n’est pas pour notre santé, au contraire. C’est pour le profit des actionnaires de toutes le multinationales qui sont proches de la viande.

Des terres polluées, stérilisées par les pesticides. La dépollution de l’eau est aujourd’hui estimée entre 800 et 2400 Euros/hectare... A titre d’information, un hectare de maïs de l’agriculture productiviste, environ 7 tonnes à 150 Euros, rapporte dans les 1000 Euros.

Donc si on appliquait le principe du « pollueur payeur, » si Monsanto, Sagenta, BASF etc... payaient le prix de leur pollution, il n’y aurait plus de pesticide, plus d’agriculture productiviste.

Si l’agriculture productiviste s’arrête brutalement aujourd’hui (et elle s’arrêtera nécessairement puisqu’elle dépend directement des ressources en énergie fossile), c’est vrai qu’on va crever de faim.

Mais on ne va pas crever de faim parce qu’elle était la seule à pouvoir nourrir la planète... On va crever de faim parce qu’elle aura stérilisé la majorité des terres agricoles.

L’urgence d’une véritable agro-écologie

Il est urgent aujourd’hui de se tourner vers une véritable agro-écologie, pas celle du ministère de l’agriculture française, qui est complètement bidon.

Une agriculture qui remet la biomasse dans la terre : capter du CO2 et le remettre dans le sol. Qui ne se fait pas avec de gros tracteurs mais avec beaucoup de travail. Qui serait capable de refroidir la planète et de nourrir parfaitement l’ensemble de la planète.

Les deux premières questions / réponses

Nous n’avons pas eu le temps de tout retranscrire... écoutez le podcast ! Mais ces deux premières question/réponses nous paraissent particulièrement intéressantes...

A l’attention de Geneviève Azam : pourquoi parler de « néo-libéralisme » ? Ce n’est ni plus ni moins que le capitalisme, il faut appeler un chat un chat. Est-ce que vous êtes d’accord pour dire « Il faut sortir du capitalisme pour pouvoir avancer »  ?

Réponse de Geneviève AZAM : Néo-libéralisme ou capitalisme : depuis plus d’un siècle et demi, beaucoup veulent se débarrasser du capitalisme. La difficulté c’est de comprendre ce qu’est ce capitalisme.

Certes, je suis convaincue qu’il n’y a pas de solution à l’intérieur du capitalisme. Mais je me refuse à avoir le simple slogan « A bas le capitalisme ». Parce que cette lutte dure déjà depuis très longtemps et que là nous avons une urgence : nous avons à construire les bases du monde de demain dès maintenant.

Le capitalisme dans nos sociétés prend différentes formes, que nous devons comprendre pour savoir quelle est sa force, pourquoi il y a une telle adhésion, il y a encore une croyance en certaines promesses. Il faut comprendre pour déconstruire ces promesses. Cela semble d’ailleurs plus facile aujourd’hui de déconstruire ces promesses que ça ne l’était il y a trente ans.

Malgré mon pessimisme, je pense que nous avons de bonnes raisons d’espérer car il y a beaucoup de choses dont on ne parlait pas il y a trente ou quarante ans, qui sont dans le débat public, et qui sont absolument essentielles.

A l’attention de Geneviève Azam : Qu’est-ce que vous entendez par non-violence ? Doit-on rester les bras croisés face à la multiplication des violences policières ? Par exemple avec ce qui s’est passé à Sivens ?

Réponse de Geneviève AZAM : Je suis consciente qu’il existe une violence d’État et même privée sous l’œil « libéral » de l’État. Pourquoi je prône la non violence ? Par souci d’élargir.

Aujourd’hui, nous avons l’impérieuse nécessite d’avoir un sursaut de conscience. Dans les actions que nous menons, qui sont légitimes nous avons à désobéir radicalement parce qu’il y aujourd’hui des crimes qui sont perpétrés contre l’humanité et contre la planète. Face à cela nous avons l’injonction de désobéir.

Mais il ne s’agit pas désobéir au nom d’une avant-garde éclairée qui désobéirait en s’opposant violemment etc... Je n’ai jamais été très bienveillante avec les avant-gardes auto-proclamées qui agissent au nom des autres.

Il s’agit d’engager dans la désobéissance des parts de plus en plus importantes de la société. Il s’agit d’engager une désobéissance globale qui peut véritablement changer les choses et mettre les graines du monde que nous voulons pour plus tard.

Ce n’est pas une non-violence passive, mais une non-violence radicale fondée sur la nécessité de la désobéissance.

Nous avons à agir ensemble. Et bien souvent quand la violence est promue comme outil, c’est très excluant pour des franges de la population, pour les femmes par exemple, pour des personnes plus âgées ou qui ne partagent pas cette culture là. Alors que nous besoin d’une véritable mobilisation très large.


[1Pour reprendre les paroles du sous-commandant Marcos, qui a eu un rôle important dans les années 1990 : il disait toutes ces luttes contre le néo-libéralisme, à partir de 1994, étaient des luttes pour la vie.

[2Le taux de retour énergétique donne le nombre d’unités d’énergies obtenues pour une unité d’énergie investie.

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