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Les Tanneries (Poème, 1965)

Un poème signé Édouard Gravouille, 1965

Publié par Gérard Gravouille

Le samedi 15 mars 2014

Mis à jour le 6 décembre 2014

Une prise sur les Cousins
Sur les usines Menant et Roche
Et me revoilà tout gamin
Courant les rues tel un gavroche…
 
J’entends la vie des Tanneries
Bruire du son des lourds marteaux…
Odeurs de tan, de corroieries
Mêlées à l’âcre senteur des peaux…
 
Croupons roses, tannés à l’écorce,
Au long des mois, sans artifice,
Peaux sacrées des bœufs dont la force
A succombé au sacrifice…
 
Vieux tanneurs à la trogne fleurie
Trinquant avec les savetiers
Gars des cours ou des basseries
Si consciencieux en leur métier…
 
Je vous revois les Jean-Marie
Venus à pied de bon matin
Vous passiez devant la scierie
Musette au dos…maigre festin !
 
Oui je revois Adrien Roche
Maitre tanneur, ami des gosses
Les patrons, chaussés des galoches
Et le comptable…avec sa bosse…
 
Or, en une saison hâtive,
Par un labeur exempt de chaînes,
Loin, dans la forêt primitive,
On bottelait…la peau des chênes…
 
Alors, venaient en dévalant,
Du haut de routes qui cahotent
Les attelages au pas très lent…
Adieux…Grands bœufs, chariots et bottes…
 
Car les tanneries ne sont plus…
L’une tient commerce d’épicerie,
L’autre fabrique du superflu…
La dernière semble dépérie…
 
Plus d’un tannin, séchant à l’air,
D’où s’exhalait l’âme des forêts
Où sont Jean-Marie et Fanlair
En partage dans mes regrets ?
 
Les uns les autres s’en sont allés
Comme les faux et les faneurs
Devant tant d’ersatz étalés,
Las, à quoi bon rester tanneur.
 
Ils sont allés…pour ne plus revenir…
Mais j’aimerai toujours les suivre
Parmi le flot des souvenirs
Et tels qu’ils furent…les voir revivre…
 
Tout comme les moulins à vent
Comme Cornille en sa Provence
L’odeur d’écorce des Morvans
N’est plus chez nous que souvenance…

Édouard Gravouille, 1965